29/01/2005

Scripta manent

Qui aurait cru, il y a seulement 30 ans, que l'écrit ferait un grand retour dans le quotidien des gens ? L'époque était au tout audio : la télé, le cinéma, la radio, ... Des prophètes de malheur (comme toujours) mal inspirés pronostiquaient la disparition à court terme de l'écrit, Truffaut reprenait ce thème dans son (archi-mauvais) Fahrenheit 451 (à ne pas confondre avec celui de Moore), les journaux déploraient des pertes massives de lecteurs, les maisons d'éditions vendaient de moins en moins de livres... puis le miracle est arrivé, pas là où l'on l'imaginait, pas dans une action "volontariste" d'un ministère ou l'autre, mais grâce à la découverte et à l'utilisation de l'Internet par le public. Depuis, le réseau n'a cessé de se développer, si bien que la population est plus que jamais confrontée à l'écrit via les sites, les e-mails, les forums, les listes, groupes, etc.
 
Il est donc nécessaire de savoir bien écrire, car c'est notre meilleure carte de visite. Et puis, quel plaisir que celui de s'exprimer clairement et efficacement par lettres interposées ! Tous les samedis, j'essayerai de vous conseiller en me basant sur mon expérience de l'écriture professionnelle.
 
Mon premier conseil semble évident, mais il est crucial. Lorsqu'un texte est raté, il apparaît souvent que l'auteur ne s'est pas posé LA question essentielle avant d'écrire : quel est mon public ? On n'écrit jamais "pour soi", mais toujours dans un but de communication. Il est donc crucial de savoir quel lecteur on vise, afin d'adapter son style et le contenu à celui-ci. C'est ce que Umberto Eco, dans "Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs", appelle la définition du lecteur modèle. Etape primordiale dans l'écriture : imaginer le type de personne à qui on adresse son texte, en inférer ses goûts, ses capacités, son tempérament, son vocabulaire, sa façon de s'exprimer, et écrire en conséquence. Naturellement, ce lecteur ne sera pas précisément celui qu'on s'imagine, et toutes les personnes d'un même public ne réagiront pas de façon identique à ma prose, mais l'efficacité et l'audience seront maximales.
 
La première question que je pose à un client lorsqu'il veut que j'effectue une tâche de copywriting pour lui est : quel est le public cible ? S'il me répond : les 12-18 ans, je sais que je devrai écrire des phrases courtes et pêchues, avec un vocabulaire jeune. S'il me répond : les femmes entre 35 et 50 ans, le style sera clair et factuel mais les tournures classiques. Si je dois écrire sur un produit luxueux, le style sera très riche, avec de nombreuses circonlocutions et un contenu culturel plus élaboré. Etc.
 
Si vous avez bien suivi jusqu'ici, la question qui se pose maintenant est : quel est mon lecteur modèle pour ce site, d'après vous ?


14:44 Écrit par Blibli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/01/2005

Sed perseverare

Prêts à épater vos amis ? Cette semaine, un petit panaché d'erreurs que je retrouve souvent :
 
- on écrit avoir tort, à ne pas confondre avec tors (tordu) et tord (du verbe tordre) ;
- l'adjectif public s'écrit public au masculin, publique au féminin. La chose publique (res publica) mais un problème public. Idem pour l'adjectif laïc, qui doit s'écrire tel au masculin et non pas laïque : ainsi, on dira un tribunal laïc, l'enseignement laïc, etc. Toutefois, certains dictionnaires commencent à reconnaître la forme laïque au masculin. Dernier point du même acabit : athée, qui lui ne s'écrit jamais athé, sauf peut-être dans la forme archaïque athésouets. On dit donc : je suis athée, c'est un athée, un monde athée.
- pécuniaire n'est pas le féminin de l'adjectif pécunier, car ce dernier n'existe pas ! On utilisera toujours pécuniaire pour qualifier quelque chose qui est relatif à l'argent ;
- l'adverbe moult est invariable ! Moult boissons seront disponibles à l'accueil ;
- on pallie quelque chose et non pas à quelque chose ;
- la conjugaison du verbe ressortir de est compliquée. Lorsqu'on l'utilise dans son acception matérielle (il ressort de chez lui, de sa maison, du magasin), il est conjugué sur le modèle du verbe sortir. Mais lorsqu'il est utilisé dans une acception immatérielle, il se conjugue comme le verbe finir. Ainsi, on dit au présent : il ressortit de cet article que le journaliste ne connaît rien à la question. Ou, à l'imparfait : il ressortissait de cette étude que les chiens sont des canidés. Bizarre ? Pour vous convaincre, dites-vous que cette règle est retrouvable dans un mot courant : on utilise ressortissant pour désigner une personne qui ressortit d'un pays, et non pas ressortant.
 
Ne manquez pas la chronique de samedi, avec mon premier vrai conseil, et préparez-vous à découvrir mercredi prochain les expressions bizarres et imagées de la langue française !

16:27 Écrit par Blibli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/01/2005

Calimero


Il est rare qu'un copywriter écrive directement pour une entreprise. Le plus souvent, des agences de communication ou de pub gagnent des contrats avec des clients et font entre autres appel à un copywriter pour rédiger ou vérifier le contenu des textes. Lorsque j'écris en direct à une entreprise, la personne de contact semble souvent surprise d'apprendre l'existence de mon métier et n'en voit pas l'utilité.
 
A mon sens, mais vous vous en doutez naturellement, c'est une erreur. Prenons l'exemple d'un site Internet : la tendance lourde jusqu'il y a peu était de mettre une belle animation flash en introduction, de gros graphismes colorés partout sur la page et entre deux dessins ou logos, un peu de contenu trouvé au hasard dans les vieux fascicules publicitaires de l'entreprise.
 
Sérieusement : quelle est la première chose que vous faites lorsque vous voyez une introduction en flash ? Vous cliquez sur le bouton : "Passer l'introduction". Je me trompe ? Et que cherchez-vous en général sur le site Internet d'une entreprise lambda ? De beaux graphismes à ajouter à votre collection ? Non : un contenu clair et précis, qui vous explique très rapidement (on reviendra là-dessus) ce que vous recherchez. Et vous ne recherchez pas une introduction flash, aussi belle soit-elle.
 
Les entreprises devraient se rendre compte qu'elles perdent de nombreux prospects (clients potentiels) en négligeant leur contenu. Un site Internet n'a rien d'une publicité à un arrêt de bus.


12:24 Écrit par Blibli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/01/2005

Humanum est

Le travail d'un copywriter (ou rédacteur publicitaire) ne se limite pas à l'écriture. Il m'arrive souvent de coiffer la casquette de correcteur, ainsi que celle de traducteur. Le rôle d'un correcteur consiste naturellement à vérifier l'orthographe et la grammaire du texte qu'on lui présente, mais surtout à s'assurer que les idées soient bien exprimées et que le style soit agréable, c'est-à-dire clair et concis. Parfois, le rédacteur d'un texte manque du recul nécessaire à une bonne correction, soit parce qu'il tient outre mesure à ses tournures, soit parce qu'il n'est plus capable de considérer sa prose sous l'angle d'un lecteur pressé qui cherche des informations. Mais je développerai cet aspect de mon travail une prochaine fois.
 
La première erreur dont je vais parler est une erreur que je retrouve souvent sur les pages personnelles et les forums de l'Internet : le trait d'union lors d'une inversion verbe-sujet.
 
La règle lors d'une inversion est de toujours mettre un trait d'union entre le verbe et son pronom personnel s'ils sont juxtaposés.
 
Par exemple, on écrit Qui suis-je ? Où es-tu ?
 
Jusqu'ici c'est facile. Mais ça se corse lorsque le sujet est un pronom à la troisième personne du singulier et qu'un t entre dans la partie :
 
On écrit alors Etudie-t-il ? Joue-t-elle ?
 
Il ne faut pas se tromper et écrire Etudie-t'il ? Joue-t'elle ?, formes qui, en plus d'être vilaines à l'oeil, sont totalement erronées.
 
La seule occasion où une apostrophe est utilisée entre un verbe et un autre mot est le cas de la préposition en.
 
Ainsi, la phrase Tu t'en vas ? s'inverse sous la forme Va-t'en !  Remarquez au passage la disparition du s à cause de la forme impérative et la présence du fameux trait d'union, qui joint le verbe et son pronom personnel associé. CQFD !


17:00 Écrit par Blibli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/01/2005

Homélie

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Au commencement était le Verbe.
 
Puis vint le Sujet. Et les Saints Compléments.
 
Mes bien chers frères réunis aujourd'hui sur ce blog, votre patience va enfin être récompensée. Votre curé-copywriter a défini le programme d'exposition de la doctrine, qui brille par sa simplicité et sa pertinence comme l'étoile au-dessus de Notre Seigneur le Style.
 
Ainsi, le lundi, vous lirez une histoire ayant trait à la pratique quotidienne du copywriting, qui passe par le respect des clients (qui seront anonymisés), l'amour de la phrase bien tournée et la lutte contre la lourdeur. Le mercredi, chers catéchumènes, sera le jour de l'exposition de vos fautes : je vous guiderai vers la paradis de la bonne grammaire et de la parfaite orthographe. Et le samedi sera le jour de l'expiation et du pardon, jour merveilleux où je vous conseillerai, afin que vous puissiez, vous aussi, devenir un croisé de la Langue, à moins que vous ne préfériez, comme Ovide, connaître le bien, l'approuver, et faire le mal.
 
Mes frères, allez en paix.
 
Puisse mercredi arriver !




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