28/03/2005

Le mieux est l'ennemi du bien

Depuis quelques années, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se recentrer sur leur cœur de métier. Cet euphémisme signifie en fait qu’elles délaissent les secteurs déficitaires (dans lesquels elles se sont généralement lancées pendant la « bulle Internet ») et reviennent aux secteurs rentables, qui correspondent le plus souvent à leurs activités historiques.

 

Je crois qu’il devrait en être de même pour la majorité des sites Internet. Je m’explique : à l’origine, les entreprises développent un site pour :

 

1° vendre directement des produits (Amazon, par exemple) ;

2° proposer directement des services (Google) ;

3° communiquer sur des produits ou services afin de les faire connaître, d’attirer les prospects, de fidéliser les clients, etc. (la majorité des entreprises).

 

Au début, l’entièreté du site était orientée dans le sens poursuivi : rien n’était superflu. Puis, le temps passant et les bonnes idées manquant, les entreprises ont commencé à ajouter des milliers de fonctionnalités (et des kilomètres de contenu) sans aucun lien avec leur activité. D’abord des fonctions utiles (moteur de recherche interne, par exemple), puis des fonctions et des informations qui l’étaient moins (moteur de recherche sur le web, animations flash, …), jusqu’à ne plus l’être du tout (webcams, météo, infos sans aucun lien avec l’entreprise, …). L’objectif était de fidéliser l’internaute en faisant du site une plate-forme aussi complète et polyvalente que possible. S’ajoutait la crainte de perdre ou de décevoir le surfeur en lui proposant un contenu uniquement orienté produit. Or, l’internaute vient précisément chercher sur le site d’une entreprise une information précise, en relation avec un produit ou un service. Dissiper son attention, l’envoyer sur des sites externes, compliquer sa navigation, lui proposer des informations dont il n’a cure : autant de bonnes intentions qui chassent le client potentiel.

 

Il est plus que temps pour les entreprises de revoir à fond leurs sites en se posant la même question pour chaque texte, chaque animation, chaque fonctionnalité : est-ce utile ? Utile par rapport au but poursuivi, c’est-à-dire un des trois points repris plus haut. Et si ce n’est pas utile, il ne faut pas hésiter à le supprimer. Sur l’Internet, encore plus qu’ailleurs, le Mieux est l’ennemi du Bien.

 

Prenons un exemple :

 

Créé il y a dix ans, le portail Yahoo était à la base un moteur de recherche. Simple et efficace, il est rapidement devenu le premier moteur de recherche en ligne, comptabilisant en 1998 plus de 50 % du trafic Internet de recherche d’informations. Puis, au fil du temps, les développeurs et concepteurs de Yahoo se sont dit qu’il fallait proposer plus de services, car la fonction de recherche ne suffisait plus. Sont alors progressivement apparus les services d’e-mails, d’actualités en ligne, de messagerie, de jeux, d’horoscope, de petites annonces, de musique, etc. La page d’accueil de Yahoo n’a cessé de grossir, jusqu’à devenir un fourre-tout lourd (dans tous les sens du terme, la page d’accueil pesant 34ko), incompréhensible et inutile à celui qui veut seulement trouver des informations sur l’Internet.

 

yahoo9zj.jpg

 

Heureusement, les développeurs de Yahoo ont laissé la barre de recherche en haut de la page, mais cela ne durera peut-être pas.

 

Pendant ce temps, deux jeunes étudiants décidèrent de créer un autre moteur de recherche, plus performant. Car, bien évidemment, les développeurs de Yahoo étant très occupés à concevoir de nouvelles fonctionnalités, le moteur de recherche n’évolua pas beaucoup. C’est ainsi que naquit Google, que je ne dois plus présenter.

 

google9bw.jpg

 

On voit directement la différence, n’est-ce pas ? Dites-vous qu’il y a dix ans, la page d’accueil de Yahoo ressemblait à celle de Google. Seulement, les concepteurs de Google décidèrent dès le début que leur site évoluerait peut-être graphiquement, mais que son objet était de proposer un service précis, la recherche d’informations sur l’Internet, et qu’il n’était pas question de l’écraser sous des tonnes de fonctionnalités. Ces nouvelles fonctionnalités, si elles étaient intéressantes, feraient l’objet de nouveaux sites (comme ceux-ci : http://answers.google.com/answers/, http://scholar.google.com/, http://video.google.com/) et n’alourdiraient surtout pas l’interface du moteur historique.

 

Le résultat, c’est qu’en 2004 Google a dépassé Yahoo en terme de volume de recherches, comptabilisant 35 % du trafic mondial contre 28 % pour Yahoo, et que l’année 2005 sera encore meilleure. Savoir pourquoi les internautes viennent sur un site et s'y tenir : c'est la clé du succès.



14:51 Écrit par Blibli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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