25/04/2005

Abre los ojos

Le texte d’une publicité est rarement l’œuvre d’une seule personne. Le plus souvent, le copy rédige la première mouture qui est relue par l’account manager ou le creative director, qui apporte lui-même quelques corrections ou demande au copy de revoir sa… copie. Jusque là tout va bien. Mais ensuite, le texte passe chez le client où il est relu par un nombre indéterminé de personnes qui corrigent selon l’inspiration du moment. Le problème, c’est que le texte perd rapidement toute cohérence et qu’il ressemble finalement à une suite de phrases et de paragraphes mal rafistolés. Exemple.

 

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Il s’agit d’une publicité d’une multinationale de l’ameublement. Le texte n’est pas épatant : beaucoup de stéréotypes (chambre de mes rêves, rangements intelligents, soutien parfait, etc.), trop de répétitions du mot rêve, et au final la torpeur vous prend. En plus, dire qu’on va vivre notre rêve en s’achetant un lit, c’est peut-être pousser le bouchon un peu loin. Soit.

 

Le pire, de toute façon, n’est pas là. Le chapeau du texte (phrase en gras) mélange les styles : Ouvrir (infinitif) les (descriptif) yeux, dans la chambre de mes (subjectif) rêves. Ouvrir les yeux est une phrase impersonnelle qui n’a aucun lien avec le mes qui suit. Il fallait écrire soit J’ouvre les yeux dans la chambre de mes rêves, soit Ouvrir les yeux dans la chambre de ses rêves. Au passage, je fais sauter la virgule entre Ouvrir les yeux et le reste de la phrase, car elle n’a aucune utilité.

 

Mais de toute façon, ça ne colle pas avec le corps du texte, qui s’adresse distinctement au lecteur en le vouvoyant. Le bon chapeau est donc : Ouvrez les yeux dans la chambre de vos rêves

 

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Autre problème ici. Après les stéréotypes d'usage (qualité supérieure, nuit de rêve, ...), je tombe sur une incise qui n'a aucun sens : Cette gamme, encore plus vaste, etc. Encore plus vaste que quoi ? Que les autres gammes ? Mais où en parle-t-on ?

 

Le copy ne s'est pas mis dans la peau du lecteur lambda : ayant passé plusieurs jours dans les différentes gammes pour écrire ses textes, il a l'impression que tout le monde les connaît. Il utilise des raccourcis dont le sens échappe à celui qui lit les publicités séparément, sans y prêter trop attention. Une erreur facilement évitable en laissant s'écouler un ou deux jours entre la fin de la rédaction des textes et leur relecture, afin d'avoir un regard neuf sur ceux-ci. Il faut écrire en connaissant le sujet à fond et relire comme si on le découvrait pour la première fois.


11:41 Écrit par Blibli | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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